Photo: Andrea Monica Hug

J’ai rencontré Yannick Aellen il y a une dizaine d’année : A l’époque, il était en charge de la scénographie du show « Podium Femina de la mode » que je présentais. Yannick une merveilleuse découverte : Un homme doux, passionné de mode, perfectionniste et talentueux. Durant mes années de journalisme, je n’ai cessé de le croiser : A travers le petit écran tout d’abord puisqu’il faisait une apparition dans un documentaire signé LoÏc Prigent sur les défilés de mode parisiens (Yannick travaille pour de prestigieuses marques internationales, dans le cadre de la gestion des défilés). Mais aussi, à travers des events et finalement, autour du projet Mode Suisse qu’il a mis en place il y a plusieurs années. Mode Suisse est une plateforme de mise en lumière des créateurs suisses sur sol helvétique et au-delà. A chaque édition, le concept propose un show ainsi qu’une vente showroom tant destinée aux amateurs de mode assidus qu’aux professionnels. Rencontre avec un passionné pour qui la mode Suisse est symbole de créativité et de style.

Le Journal de Lucie : Yannick Aellen, vous êtes à la genèse du projet Mode Suisse, un projet qui a débuté en 2011. Comment diriez-vous que la mode suisse a évolué en 6 ans ?

 Yannick Aellen : La mode vit de gros changements, surtout ces dernières années. La Suisse n’est pas en reste puisque évidemment, nous sommes touchés et influencés par le phénomène. Cependant, les créateurs basés en Suisse ont tout de même le luxe – ou parfois l’opposé peut-être – d’une certaine „bulle locale“. Mais je trouve qu’elle évolue plutôt bien avec des labels „New Generation“ tels Julian Zigerli, EnSoie, WUETHRICHFUEST ou Julia Seemann. Quant aux écoles, elles sont de plus en plus fortes avec doing fashion/FHNW de Bâle et la HEAD à Genève.

défilé Julian Zigerli / visuel: Alexander Palacios

LJDL : On parle souvent d’une barrière culturelle entre la suisse romande et la suisse allemande. Est-ce que le style diffère entre ces deux régions de Suisse ?

 YA : Il y a évidemment certaines différences culturelles, c’est normal. Ayant grandi bilingue en Suisse allemande mais avec une grande influence et beaucoup de temps en Romandie, je porte cela en moi. Ce sont d’autres références, un feeling différent, des différences esthétiques aussi. Zurich se sent peut-être plus proche de Berlin, Genève plus proche de Paris. Mais en mode les deux régions se sont beaucoup rapprochées ces dernières années – en partie grâce à Mode Suisse.

Label EnSoie.
Visuel: Alexander Palacios
Label EnSoie

 

LJDL : Mode Suisse est une plateforme qui vit aussi au-delà de l’événement de Zurich qui se déroule aujourd’hui. Dites-nous en plus ? (Event à l’étranger ? etc).

Mode Suisse a lieu deux fois par an à Zurich, au moins une fois par an en Romandie (cet automne) également puis nous soutenons nos créateurs avec le patronnage Mode Suisse“ lors de leurs activités aux fashions weeks internationales. Les participations à Berlin, Paris et Milan de Julian Zigerli sont soutenues depuis plusieurs années, Huber Egloff depuis quelques saisons. Il y a les opérations internationales telles Mode Suisse Pékin en 2015 que nous allons répéter en mai de cette année!

LJDL : Pensez-vous que Mode Suisse donne l’élan nécessaire aux jeunes stylistes qui désirent prendre une envergure internationale ?

YA : La plateforme aide certainement. Nous faisons également venir des acheteurs et médias internationaux, cela ouvre d’autres portes et network. Le niveau des collections a beaucoup augmenté ces dernières années car énormément de labels veulent vendre à l’étranger.

LJDL : Quelle est la plus grosse difficulté à laquelle doivent se confronter ces talents ?

YA : En général, il faut faire preuve de patience afin de trouver des boutiques et d’être vendu. Souvent, ces jeunes créateurs n’ont pas des moyens suffisants pour se donner le temps nécessaire de développer une marque. Selon moi, la plus grosse difficulté est vraiment financière.

Création: Lyn Lingerie. Visuel: Alexander Palacios

LJDL : Vous, pour qui la mode internationale n’a pas de secret, quels seraient les conseils que vous pourriez donner aux designers de demain ?

YA : Bien réfléchir s’ils veulent vraiment lancer leur propre marque ou s’ils ne veulent pas essayer de travailler pour une grosse maison pendant un bon moment afin d’avoir un bon carnet d’adresses, de l’expérience et éventuellement un peu d’argent de côté.

LJDL : Quel est le talent mode masculine pour lequel vous avez un coup de cœur ?

YA : Je porte très souvent les créations signées par Julian Zigerli. J’adore vraiment ce qu’il fait. Nous venons également de présenter GARNISON, qui est le label romand de Luka Maurer, son travail est très intéressant, surtout au niveau des coupes qui sont superbes.  Quant aux silhouettes proposées par XENIA LAFFELY, une étudiante qui vient de terminer son master à la HEAD, elles font très envie !

Création Julian Ziigerli. Visuel: Alexander Palacios

LJDL : Et, le talent mode féminine ?

YA : Vanessa Schindler nous a tous beaucoup touché avec sa collection de master,  ce qu’elle fait est poétique et différent, elle a un talent fou! Puis Kevin Germanier va présenter sa collection de fin d’études à la St Martin’s de Londres prochainement. J’ai hâte de voir cela.

Création: WUETHRICHFUERST
Visuel: Alexander Palacios

 

LJDL : Finalement, on trouve une silhouette et des mots représentatifs pour la mode parisienne (garçonne, décontractée), la mode américaine ou encore la mode italienne…quels sont les mots qui définissent pour vous la mode suisse ?

YA : Franchement, cela a tellement changé. Avant elle était peut-être plus facilement à mettre dans un tiroir (bonne qualité, compréhensible, parfois très peu originale) mais je trouve que les jeunes créateurs suisse ont beaucoup voyagés et ils prennent désormais des risques…ça fait du bien!

Création Dorothee Vogel
Visuel: Alexander Palacios

 

Création Julia Seemann
Visuel Alexander Palacios

 

Creation:EnSoie
Visuel: Alexander Palacios
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