J’ai eu la chance de rencontrer Gabriele Corto il y a quelques années, lorsque j’étais en charge du magazine Profil. Ce qui m’a marquée, à cette époque, c’était la simplicité et la décontraction « à l’italienne » avec laquelle le créateur abordait son art. Souvent, les rencontres qui vous laissent des traces sont celles réalisées avec des personnalités incroyablement talentueuses à l’humilité inégalée. Ses sacs reflètent sa vision de la mode : discrète, pointue, féminine et décalée. Chaque pièce est réalisée avec soin dans les ateliers du styliste du côté de Florence. Un amour pour la mode qui ne sort pas de nulle part puisque les parents de Gabriele Corto ont longtemps été à la tête de l’inégalable marque Bottega Veneta. C’est certainement de là que lui vient l’amour des belles finitions et du travail des artisans. Rencontre avec un créateur inspirant.

Lucie

 

 

Le Journal de Lucie : Gabriele Corto, qui êtes-vous ?

Gabriele Corto : Je suis le directeur artistique de la marque d’accessoires Corto Moltedo et de @ResAntiqva lifestyle, mais je suis aussi un poète dans le cœur.

 

 

LJDL : Le message de votre nouvelle collection est : We have Enough*. De quoi en avez-vous assez ?

GC : Nous en avons assez de la politique, de la guerre, des fast foods et de l’industrialisation. Ce message arrive au moment où nous ressentons comme un désagréable sentiment de nausée face à toute cette surdose, c’est un trop-plein.

LJDL : Lorsque nous regardons votre nouvelle collection, nous découvrons beaucoup de petits sacs. Est-ce que la mode des sacs over size est définitivement derrière nous ?

GC : Lorsque je crée, je réfléchis aux fonctions d’une pièce tout en ayant toujours une pensée pour la polyvalence. Désormais, nous avons moins de choses à porter. Les femmes ont quitté les ordinateurs portables, les tablettes et l’atmosphère générale est vers un retour pour l’essentiel tout en supprimant les excès. Pour le soir, l’adage « les is more » est toujours d’actualité, ce sont donc les petits sacs qui l’emportent sur les grands !

 

 

LJDL : Les sacs Corto Moltedo sont faciles à porter : à l’épaule, à la main…désirez-vous aider les femmes à devenir plus libres de leurs mouvements ?

GC: J’ai toujours réalisé des sacs faciles à porter en ajoutant par exemple de longues sangles additionnelles même sur une minaudière. Une femme, les mains libres, peut profiter pleinement de sa liberté a contrario d’une femme les mains remplies.

 LJDL: Quelles sont vos inspirations pour cette nouvelle collection?
GC:
Depuis trois saisons, l’architecture est réellement ma source d’inspiration. La collection printemps-été fait suite à mon dernier voyage au Mexique. Je suis littéralement tombé sous le charme du travail de Luiz Barragán, le plus grand architecte mexicain, dont j’ai étudié le travail. J’ai eu la chance de visiter sa maison. Plutôt que de m’inspirer de travaux évidents de cette personnalité, mon processus a débuté lors de la découverte de cette demeure. Ce fut le point de départ de mon processus de création puisque je suis parti de la palette de couleurs trouvée dans sa chambre, j’ai d’ailleurs introduit une nouvelle forme à ma collection existante appelée « Costanza 554 », il s’agit d’un sac à main à larges sangles.

 

 

LJDL: Quelle est votre opinion sur l’évolution des sacs pour femmes?

GC : Nous revenons vers des éléments de base. À mon avis, cela va évoluer vers des supports à cigarettes électroniques qui rechargeront aussi nos téléphones portables…fondamentalement, nous transportons de plus en plus d’adaptateurs et de câbles pour charger nos accessoires et au final, un rouge à lèvres. Nous n’avons plus d’argent ni de multiples cartes, nous vivons de plus en plus dans une ère digitale.

LJDL: Vous avez également une collection de foulards. Pourriez-vous nous donner trois astuces pour les porter de manière : décontractée, à la mode et élégante ?

GC: J’adore les nouveaux foulards que nous venons de sortir et celles et ceux qui aiment en porter ne pourront que les apprécier! Je trouve très intéressant d’en glisser un aussi simplement qu’en bandana ou encore, négligemment déposé autour du cou. Sinon, il est aussi possible de l’utiliser pour accessoiriser un sac! Ces foulards donneront du caractère à vos silhouettes grâce à leurs couleurs et leurs textures en soie! Sinon, j’ai aussi reçu des ponchos pour continuer dans le thème du Mexique, ils ont les mêmes motifs et se portent facilement avec différentes silhouettes.

 

 

LJDL : Pouvez-vous nous parler de votre nouvel atelier à Florence ?

GC : Merci de demander, je me sens très chanceux, c’est magnifique ! Nous avons emménagé dans ce magnifique espace situé dans le Palazzo Frescobaldi. C’est dans le jardin où nous avons une vue imprenable sur l’église Santo Spirito. L’atelier est l’endroit où je passe la plupart de mon temps lorsque nous ne voyageons pas pour des évènements. C’est un lieu ouvert aux visiteurs sur rendez-vous. C’est réellement ici que la marque prend vie. Nous recevons nos clients qui visitent la ville et les idées s’échangent…

LJDL : Combien de personnes travaillent pour votre marque

GC : Difficile à dire, je pense 25 personnes.

 

 

LJDL: Finalement, où aimeriez-vous être dans 10 ans?

GC : Dans un monde dans lequel nous respectons tous la nature autour de nous et où les frontières n’existeraient plus… Sinon, dans ma ferme Res Antiqva en Italie !

*We have enough signifie : nous avons assez

 

Retrouvez le créateur et ses collections sur:

http://www.corto.com

Sur une sélection de boutiques Bon Génie et sur le site:  www.bongenie-grieder.ch

 

 

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